Tu es parent et tu laisses deux heures ton bambin avec une couche sale. "Il attendra, il faut qu'il comprenne qu'on n'est pas à sa disposition".
Pour ses nuits, tu as choisi de le mettre au plus loin. "Au moins comme ça, s'il pleure, on ne l'entend pas. Il n'a pas d'autres choix que de se rendormir."
Pour les siestes, tu le poses dans son lit. "Je ne viendrai pas le chercher avant 16h. Ce n'est pas à lui de me dicter son emploi du temps. C'est moi qui donne le tempo."

Parent, pense donc à la fin de la vie qui ressemble étrangement à son aurore.

Agé et seul, tu attendras d'être soulagé d'une douleur, d'une escarre, d'un besoin, d'une faim. Ils te feront attendre. "On ne peut pas être esclaves des vieux!", diront-ils.
Agé et seul, tu te plaindras qu'ils ne viennent pas te voir. "Faut bien qu'il (elle) comprenne qu'on a des emplois du temps de fous", penseront-ils.
Agé et seul, tu craindras la nuit et le grand passage. "Il dit qu'il a des angoisses... Qu'est-ce que c'est que ces histoires? Il a tout ce qu'il faut et il se plaint! On ne peut rien de mieux pour lui", lâcheront-ils.

Ils seront expéditifs quand tu souhaiteras du temps, distants quand tu les suppieras d'être présents, cassants quand tu quémanderas de la douceur. Voilà tout ce que j'espère qu'il ne t'arrive.

Franchement, pourrons-nous demander à nos enfants de changer de vie pour nous quand nous deviendrons vieux, si nous n'avons pas vraiment changé de vie pour eux quand ils étaient petits?

par Bertrand Lethu, extrait de Famille Chrétienne